Rencontre avec…
Jacques NEEFS

Jacques Neefs, l’homme tranquille (3e trimestre 2011).
Jacques Neefs
Photo Marianne Grimmont.

Pouvez-vous, en quelques mots, nous retracer votre parcours professionnel ?

J’ai découvert le théâtre à l’académie de Jette avec Grégoire Baldari, puis j’ai fait le Conservatoire de Bruxelles dans les classes d’André Debaar et de Charles Kleinberg. André Debaar m’a donné ma technique, Charles Kleinberg la confiance en moi, et avec eux, Frédéric Latin, Alexandre Von Sivers et Bernard De Coster l’exigence de toujours tout recommencer à zéro. Parce jamais rien ne peut être considéré comme acquis et que tout, à chaque instant, est toujours à réinventer.

Très tôt j’ai eu la chance de travailler et de jouer avec Claude Volter et Jacques Lippe qui m’ont véritablement ouvert au métier ; ensuite j’ai continué à faire de belles rencontres – c’est ce que je préfère en fait –, entre autres Philippe Van Kessel du temps de l’Atelier Sainte-Anne, Jean-Marie Villégier et Jean-Claude Berruti au Théâtre National…

Au cinéma, j’ai tourné quelques films également (avec Roger Hanin, Olivier Gourmet, Catherine Jacob…) et j’adore ça. J’ai aussi tourné pour la VRT et VTM dans plusieurs feuilletons, grâce au fait que je me débrouille en néerlandais… Les deux réalisateurs qui m’ont le plus marqué sont Josée Dayan et Luc Boland, dans un genre très différent tous les deux, mais d’une exigence en même temps que d’une liberté totales ; j’ai adoré…

Ensuite, je suis venu à l’enseignement grâce à Alain Miniot et à la mise en scène aidé par Pierre Dumaine et Francis Justin, qui m’ont permis de faire mes premières armes dans le monde du théâtre amateur ; grâce à eux, j’ai mis en scène à l’Étincelle, à Osmose, à la Joie, à la Crécelle, à l’UDP…

Sambre, par Jacques Neefs
Été 2010 : la BD de Bernard Yslaire mise en scène par Jacques Neefs, un spectacle en plein air dans l’enceinte même de la Citadelle.

Chaque fois, j’essaie de partager et recréer les expériences positives qui m’ont marqué dans mon travail d’acteur. L’enseignement (Académies de Tubize, Bruxelles, Rixensart, Berchem, puis les Conservatoires de Mons et de Bruxelles, où maintenant je suis professeur), les mises en scène chez les amateurs ont été pour moi un formidable laboratoire me permettant à chaque fois de nouvelles expériences.

En 1991, je crée ma compagnie, Act-Hours, avec trois amis : Pierre Hardy, Marc De Roy et Philippe Francis. Je me lance dans la mise en scène professionnelle avec une pièce folle de James Saunders, « La prochaine fois, je vous le chanterai » et ça marche !

Je passe ensuite à la mise en scène (détails ci-dessous) et décide, en 2005, de quitter la capitale tout court pour la capitale Wallonne où, grâce à la Ville de Namur, je réalise 5 spectacles en plein air (dont Sambre en été 2010). Je suis tombé amoureux de la Citadelle, un lieu tellement magique que j’ai quitté Bruxelles pour la voir tous les jours…

Metteur en scène depuis quand et pourquoi ?

Je passe à la mise en scène en 1991. De fait, après mon service militaire qui m’avait tenu à l’écart pendant deux saisons, je me trouvais dans l’obligation de recommencer à zéro.

Je me suis donc dit que, tant qu’à faire, ce n’était pas plus mal de monter moi-même mes projets plutôt que de m’accrocher à ceux des autres, et de pouvoir y insuffler l’esprit d’équipe et de création auquel je croyais… et continue à croire !

C’est ma rencontre avec Yves Larec qui a tout déclenché puisque c’est lui qui m’a donné ma première mise en scène au Théâtre du Parc, en 1996. Suivent de nombreuses mises en scène pour ce même théâtre ainsi qu’au Théâtre des Martyrs, aux Riches-Claires.

Ce qui me plaît avant tout, c’est de partir à l’aventure. Je suis un entrepreneur d’histoires qui me touchent et que j’aime partager ; je suis un cimenteur d’équipes issues d’horizons différents que j’aime réunir et façonner autour d’un même projet…

Quels sont les secrets d’une mise en scène réussie ?

Réussir une mise en scène est une alchimie difficile… Il faut savoir où on veut aller et, si, à un stade ou à un autre du projet, si on n’en n’est plus sûr parce qu’on cherche et que c’est normal, toujours insuffler la confiance…

Au bout du compte, c’est un peu comme au foot pour les entraîneurs : quand on gagne, c’est grâce aux joueurs, et quand on perd, c’est à cause du coach…

Jacques NeefsJe pense, comme me l’a appris Jean-Claude Berruti, que 70 % du travail est déjà effectué si on ne fait pas d’erreur dans la distribution des rôles (pour cela, je mets des mois ! et je vais voir jouer les acteurs ou je discute avec eux car j’ai horreur de faire passer des auditions). Ensuite, il faut aussi gérer les egos… pas une mince affaire dans ce milieu truffé de monstres pas nécessairement sacrés… !

Mais si, au bout du compte, on parvient à réunir des acteurs qui s’entendent entre eux et avec qui on s’entend, c’est gagné : on peut aller au bout du monde !

Amateurs – professionnels : approches et techniques différentes ?

Que je travaille avec des étudiants, des acteurs amateurs ou professionnels, je ne fais pas de différence… Cela n’est pas toujours bien compris dans le travail, mais quand on chasse le sentiment ou la nuance, l’important, c’est d’atteindre la cible qu’on se choisit. Et ce ne sont pas toujours les chasseurs les mieux armés qui ramènent les meilleures proies…

Acteurs amateurs ou professionnels, pour moi, une dynamique de groupe reste une dynamique de groupe. Chez les amateurs, il y a souvent plus de chaleur, d’enthousiasme, mais beaucoup de doutes ; chez les professionnels, plus de sérieux, d’efficacité, souvent autant d’enthousiasme, mais aussi parfois des côtés plus blasés ou frustrés…

Mais amateurs ou professionnels, les acteurs restent des êtres mystérieux qui vivent paradoxalement en groupe, mais aspirent à être remarqués en tant qu’individu. Amateurs ou professionnels, l’essentiel est que les acteurs restent de bonne foi.

Votre avenir, vous le voyez comment ?

Frédéric Latin (un des pédagogues qui m’a le plus marqué) nous disait qu’on faisait le plus beau métier du monde, car, même quand on réussit une chose, pour la suivante qu’on entreprend, rien n’est assuré, jamais. Mon avenir, je le vois toujours comme ça. Comme la mer « toujours recommencée ».

Propos reccueillis par Françoise OTWASCHKAU.