Rapport du stage avec Alexandre Crépet

 

« Ici, maintenant, de toute urgence et à jamais… »

À jamais. Oui, ce stage restera ancré à jamais dans l’esprit et le corps de tous ses participants. Comme dans les contes de fées, on pourrait commencer par « il était une fois… » ou une rencontre humaine et théâtrale avec Alexandre Crépet.
Au programme : le corps en mouvement, le masque neutre et l’approche du clown.
« Le masque constitue un paradoxe merveilleux. Il cache la réalité physique, tout en révélant comment une personne veut être vue » (Joanna Scott)
Voilà une belle entrée en matière. Car c’est par une citation – pas celle-ci d’ailleurs – que nous débutions notre stage, après avoir scrupuleusement tracé un plateau sacré, sur lequel on ne rentre pas n’importe comment. Inspiré par son maître à penser, Guy Ramet, dont l’âme a plané au-dessus de nous pendant toute une semaine, Alexandre nous transmet que nous sommes tous le fils de quelqu’un. Au fil des jours, il nous apprend à casser nos codes intérieurs pour se vider et se remplir à nouveau.
Chaque matin, le même rituel, les mêmes exercices de mise en mouvement, de réveil de notre corps, que nous exécutons avec rigueur. Ce corps, nous le réapprivoisons tous en laissant tomber le cérébral, découvrant alors que « nous sommes plus riches que ce que nous sommes ». Le mouvement, l’équilibre, le déséquilibre, le ressenti d’une onde qui nous traverse, la recherche du geste manquant, enfoui, le retour aux sources, à la terre, à ce qui est primaire, voire animal.
Et puis, ce corps en tension, en urgence : on tombe, on se relève, on souffre.. Tout en se rappelant que ce n’est qu’un jeu… d’acteurs ! 10 acteurs de tous genres, de tous âges, de tous horizons, qui vont petit à petit créer des liens. Sous la houlette et le regard bienveillant de leur maître de stage, ils découvrent aussi comment former un cœur, un cœur en écho qui mémorise, qui prend, « com-prend » et met en mouvement plusieurs individus. On cherche, on regarde, on se nourrit les uns des autres, du geste de l’autre : ensemble, on forme une danse, à chaque fois unique… C’est l’anthropophagie.
Alexandre nous mène subtilement au délicat travail du masque. Et d’un coup, quand nous chaussons ce masque, nous sommes quelqu’un d’autre, mais à la fois nous-mêmes. Nous prenons alors conscience qu’en se laissant aller dans le corporel, tout un espace naît en-dessous et au-dessus de nous.
Et bien sûr, après quelques jours de déjà dur labeur, nous observons en tant qu’ingérants, comment la poésie du clown se dessine sur un visage, à partir du corps, toujours, et en nous livrant de manière brute, abrupte, dans des exercices auxquels nous ne sommes pas habitués. Néanmoins, comme le dit Alexandre, « si c’est facile, c’est mauvais ». Cette vigilance de tous les instants, cette béance nous rend vulnérables certes, mais c’est aussi tout l’art du théâtre. Et nous ne sommes pas seuls, puisque notre chef d’orchestre nous guide sur cette délicate partition que nous écrivons jour après jour.
Il faut le voir pour le croire, le vivre, le ressentir, « l’intussusceptionner ». C’est presque comme une expérience de développement personnel, une évolution, une « re-naissance ». Nous avons effectué un voyage intérieur en nous nourrissant de ce qui naît à l’extérieur. Nous avons créé l’équilibre en oscillant, sur un fil fragile, où des bonds de géants ont pu être franchis chez chacun, et cela, paradoxalement, grâce à des pas de velours nous reliant les uns aux autres.
Cela laisse une trace et nous n’écrirons pas de sitôt le mot « fin ». Alexandre cite encore et toujours et nous enseigne le sens de « l’ici, maintenant… ». Ce ne serait pas l’honorer que de le résumer. Pour lui, comme d’autres avant lui, « la fin d’un mouvement est contenue dans son début »… À jamais.

Valériane Lambotte
Compagnie Parazar