Rapport sur un stage fait de précieux petits riens

Pour ce stage d’été, Philippe Vauchel, a pris le pari de faire sortir la bête qui est en nous. Mais point question de rugissement ! L’enjeu était d’y arriver sans rien faire, sans rien dire en scène, ou si peu. Une économie de paroles, pour mieux comprendre qu’il y a de la vie dans le vide et qu’il s’y joue toujours quelque chose.
On note d’emblée que notre maître de stage utilise régulièrement deux mots : « carrément » et « crapuleux »… Et bien, nous demander d’exister sur scène à partir de rien, a pu prendre des allures de torture carrément crapuleuse (mais délicieuse), pour les théâtreux habitués que nous sommes, de nous appuyer sur un texte, connu au rasoir (dans le meilleur des cas), ou encore nos déplacements.
Plusieurs bêtes veulent s’enfuir en comprenant que c’est d’improvisation dont il sera question. Mais la crainte devient vite exaltante pour qui accepte la peur du vide, et on en redemande ! En bourreau attentif et bienveillant, Philippe Vauchel ne lâche pas la bête sans indication.
Il nous conseille de nous aider de points fixes où ancrer le regard et de créer autour de ceux-ci. Les exercices individuels et collectifs d’improvisation se succèdent et nous bousculent en nous imposant de nous dépouiller du « cérébral ». Oser appeler la bête dans l’arène sans avoir la moindre idée de ce qu’elle va y faire, pour qu’elle jouisse enfin de toute sa liberté. Les exercices se complexifient lorsqu’outre les points fixes, c’est une phrase, une onomatopée, voire un son qui est imposé.
Ne rien faire pour être résolument présent ! Presque une philosophie de vie, dans une société hyperactive et connectée dans laquelle ne rien faire est associé à une petite mort. La mort, que Philippe Vauchel évoque souvent, pour en rire et faire rire.
Lorsque le stagiaire bute et se sent bête, Philippe Vauchel monte sur scène, montre l’exemple et mouille la chemise. Il s’amuse alors à faire lui-même le et la bête, tout en suggérant ce qui aurait pu s’improviser à partir d’une poêle à frire ou une chaise. Il imite et exprime tout haut, avec des attitudes clownesques, les dialogues intérieurs déchirant le stagiaire ne sachant quoi faire d’une phrase imposée, voire, de lui-même. Cette bête-là fait mouche à chaque fois ! Une réplique ou une anecdote toujours à propos et fulgurantes et les rires fusent. Illustration parfaite de ce que se faire entendre en peu de mots est souvent la marque des grands.
Au gré de nos échanges, on s’interroge sur comment définir la bête. Mais la bête supporte mal l’enfermement, à fortiori d’une définition. On lui a alors permis de se déchainer dans des exercices plus expansifs tels que le « salut, comme au cirque ». Plusieurs groupes viennent présenter une performance volontairement dérisoire, sans rien d’autre que des cris excessivement enthousiastes. Les tableaux qui défilent nous plongent dans l’hilarité générale et les applaudissements sincères.
Notre maître dans l’art de l’infiniment proche, affectionne également les instants suspendus et l’exercice dit du « musée intime ». Philippe Vauchel, dont la maison doit avoir des allures de musée de l’insolite, a amené de chez lui une multitude d’objets servant aux exercices. En une fraction de seconde, ils servent à la création d’une ambiance tamisée pour une parenthèse légère et enchantée où chaque bête est invitée à improviser un souvenir.
Bref, nous avons ri et rugi, crié et chuchoté … il est même arrivé, instant précieux s’il en est, que nous nous soyons tus, mais tous ensemble !

Lorraine Montellier
Présidente des Homards de Vinci