Association Namuroise de Théâtre Amateur
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Hugo REZEDA
Un baroudeur attachant (1er trimestre 2012)
Pouvez-vous, à grands traits, nous retracer votre parcours de comédien ?
Tout commence à l’âge de neuf ans quand, en découvrant la scène, le déclic se produit.
Ensuite, un parcours de formation à la fois classique (Académie, puis Conservatoire) et atypique (en tentant d’étancher ma soif d’apprentissage à travers des stages et des formations sur différentes techniques — Stanislavski, Lecoq, Florent… — ainsi qu’en multipliant les expériences, tant dans le théâtre pur que dans des disciplines annexes, comme le cabaret ou la comédie musicale).
De nombreuses expériences de travail dans les médias m’ont également apporté un éclairage différent sur mon métier.
Quant à résumer la « carrière » que je construis jour après jour, c’est relativement compliqué tant elle est éclectique… J’ai eu la chance de découvrir de nombreux lieux magnifiques et des gens intéressants, talentueux… Certains que j’ai pu croiser sur des projets précis et d’autres avec qui j’ai pu construire de vraies relations, tant professionnelles que personnelles, et qui me nourrissent chaque jour.
Chaque comédien, je pense, se fabrique, au fil du temps, une sorte de famille artistique. La mienne comprend, entre autres, Danila Di Prinzio, Julien Mutombo, Philippe Vincent, Stéphanie Leclef, pour n’en citer que quelques-uns. Sans oublier Laurence Badie, cette comédienne extraordinaire, à la fois ma marraine de théâtre et une amie de longue date. Et puis enfin, Pierre Henry, que je considère comme la plus belle rencontre que j’ai pu faire. À la fois complices et complémentaires, les duos que nous créons sur chaque projet qui nous réunit depuis quelques années sont l’évidence même pour nous et, je l’espère, pour le public qui nous fait l’honneur de nous suivre.
« Mon Autre Compagnie » (que nous avons créée ensemble l’été dernier) n’est que le prolongement et le renforcement de ce qui nous unit. Les comédiens qui ont accepté de nous suivre dans cette aventure me sont également très chers.
Les projets que j’aime le plus ? Ils sont nombreux et vont de Molière à Ray Cooney, d’Ibsen à Ribbes, en passant par Patrick Haudecoeur ou Éric Assous… Il y a tant d’univers à découvrir pour un boulimique comme moi…
Avec Pierre Henry et Bruno Mathelart, dans « Couvre-feu » (Photo O. Moens).

Vous êtes également metteur en scène. Quels sont les éléments qui vous ont amené à la mise en scène ? Quelles sont les grandes lignes de votre direction d’acteurs ?
La mise en scène est venue plus tard, comme une expérience supplémentaire que je souhaitais vivre. Et puis, l’appétit venant en mangeant, l’envie de faire mieux la fois suivante, les projets se sont succédé et les demandes se sont multipliées jusqu’à représenter une part très importante de mes activités artistiques.
Mais ce n’était pas un plan de carrière au départ… En tant que metteur en scène, je ne me positionne pas en marionnettiste imposant à ses comédiens une vision précise et inamovible d’une pièce, mais plutôt comme un guide, un déclencheur, qui permet à chacun d’amener de la matière à travailler, un lien pour créer une rencontre harmonieuse entre les univers de chaque interprète.
Lorsque je débarque sur un projet, j’ai suffisamment travaillé l’œuvre en amont pour en sortir l’essence et savoir ce que je ne veux pas en faire. Ce que je veux, les comédiens qui travaillent sur le projet et moi le découvrirons ensuite ensemble, au fil des répétitions. Ce qui m’intéresse dans chaque mise en scène, c’est de trouver la vérité. La vérité du propos, celle des rapports entre les personnages et du message qu’on souhaite transmettre.
Avec Pierre Henry, dans « Couvre-feu » (Photo O. Moens).

Vous êtes aussi auteur. Dans quel répertoire se situent vos pièces ? Où trouvez-vous l’inspiration ? Comment se passe, à grandes lignes, votre travail d’écriture ?
La plupart de mes pièces sont des comédies. Cependant, le genre n’est pas une fin en soi, mais simplement la forme choisie pour raconter l’histoire que j’imagine.
Si le rire est le vecteur que je retiens souvent pour véhiculer le message que je souhaite transmettre, c’est qu’il apparaît comme le plus adéquat à un moment précis de la création et non pas comme le but premier autour duquel on greffera une histoire quelconque.
L’inspiration, c’est quelque chose d’inexplicable et de totalement aléatoire. Une simple anecdote, une phrase entendue dans une conversation, une scène inattendue dans la rue ou un sujet de reportage à la télé, peuvent, d’un coup, créer l’étincelle qui fait que l’esprit s’emballe et imagine une histoire… Je peux avoir une idée différente de pièce chaque jour. Cependant, je ne note rien… Le tri se fait naturellement. Les idées réellement intéressantes me restent en tête et se construisent inconsciemment au fil du temps… Ensuite, lorsqu’une histoire s’impose et me revient régulièrement, je commence à y réfléchir. C’est la période de « gestation » durant laquelle la structure mûrit lentement, mais pendant laquelle je ne note toujours rien. Enfin, lorsque je m’installe devant l’ordinateur, la pièce est terminée, il n’y a plus qu’à la mettre en forme…
Avec Pierre Henry et Micheline Martin, dans « Bœuf bourguignon » (Photo O. Moens).

Quelques pièces d’Hugo Rezeda
Ma vie d’artiste, co-écrite avec Mythic (Éditions du Centre d’Art d’Ixelles, 2006).
Léontine Plackard, co-écrite avec Mythic (Éditions du Centre d’Art d’Ixelles, 2007) ; inédite.
Couvre-Feu, co-écrite avec Mythic (Éditions du Centre d’Art d’Ixelles, 2007).
Joyeux Noël, bordel !, co-écrite avec Mythic (Éditions du Centre d’Art d’Ixelles, 2008).
Panique à l’Hôtel de Ville, co-écrite avec Mythic (Éditions du Centre d’Art d’Ixelles, 2008).
C’est complet !, co-écrite avec Mythic (Éditions du Centre d’Art d’Ixelles, 2009).
Les cabots, co-écrite avec Mythic (Éditions du Centre d’Art d’Ixelles, 2010).
Bœuf bourguignon (Éditions du Centre d’Art d’Ixelles, 2011).
Momentanément décédé (ThEVE Théâtre Éditions, 2011) ; création en mai 2012.
Les spectateurs attendent (ThEVE Théâtre Éditions, 2012) ; création en mars 2012.
Formateur, une activité complémentaire ?
Donner une formation, c’est avoir l’occasion de se focaliser sur des aspects précis qu’on ne peut souvent que survoler dans le cadre d’une mise en scène. C’est surtout un partage, ne pas se contenter de transmettre un savoir ou un savoir-faire, mais profiter pleinement d’un moment de disponibilité au travail, à l’échange, à la création…
Donc, complémentaire oui, dans le sens où, au-delà de la formation que je dispense, cette activité m’apporte un complément important dans mon parcours. Le jour où je n’y prendrai plus de plaisir, où cela ne m’apportera plus rien, j’arrêterai…
Quels sont vos projets pour la fin de saison ?
Trois œuvres que « Mon Autre Compagnie » présentera à la Ruelle aux Baladins (autres dates prévues également à Anseremme) :
« Les Amazones » de Jean-Marie Chevret les 9, 10, 11 et 12 février ;
« Les spectateurs attendent » de Hugo Rezeda les 8, 9, 10 et 11 mars ;
« Momentanément décédé » de Hugo Rezeda les 10, 11, 12 et 13 mai.
J’organise également des stages sur la formation du comédien, des formations où je travaille successivement la voix, le corps, le texte, puis le jeu du comédien dans sa globalité. Ces stages s’adressent tant aux comédiens débutants qui souhaitent s’initier aux techniques de base qu’à ceux qui bénéficient déjà d’une certaines expérience et souhaitent consolider certaines techniques, réactualiser certains outils ou combler l’un ou l’autre « manque » dans leur formation.
Enfin, j’anime des workshops sur des thèmes précis, comme la liberté dans la contrainte, le personnage en mouvement ou le lâcher prise. Ces ateliers sont destinés tant à ceux qui souhaitent renforcer leurs compétences qu’à ceux qui cherchent à acquérir de nouveaux outils pour aller plus loin encore (voir la rubrique Evènements).
Propos reccueillis par Françoise OTWASCHKAU,
administratrice de l’ANTA & responsable des Relations publiques
